Graphisme - Photographie - Illustration

I.A. L’on nous ?…

Je m’écarte des productions un moment pour m’attarder plus globalement sur ce sujet qui nous concerne : l’image. Il serait ingrat de feindre de ne pas avoir remarqué la révolution numérique en ce domaine ces 15 dernières années. Si mi eighties on était précurseur (et plutôt mal vu) dans les balbutiements de l’infographie, aujourd’hui ces mêmes outils sont courants, voir intégrés dans les produits de tous les jours. De simples applications distrayantes sur smartphone ont elles mêmes recourt aux dernières technologies créées en matière de retouche d’image.

 

Avec les intelligences artificielles et le deep learning, nos outils passent encore un cran au dessus avec des possibilités qu’on imaginait jusque là réservées aux films de science fiction. Beaucoup d’entre vous connaissent déjà les énormes possibilités des logiciels avancés du moment et l’usine à gaz réputée de Adobe en est arrivé au point extrême où, pour faire des travaux similaires, les gens ne l’utilisent pas forcément de la même manière. Ainsi, MA façon d’utiliser Photoshop n’est probablement pas la votre, qui elle est sûrement déjà différente de celle de votre voisin. Le nombre et la multiplicité des combinaisons d’outils offrent une quantité bien trop conséquente de possibilités pour imaginer qu’une seule méthode existe pour réaliser un type d’action donné. Même principe qu’en math où 4 peut être représenté par 3 différents types d’addition.

Mais jusque là, c’était encore l’humain qui intervenait directement sur le visuel à quelques exceptions près. Chose qui va sans doute changer avec les nouveaux outils qui nous attendent. Et là de nombreuses questions se posent… car en rendant la modification quasi-indétectable de documents graphiques accessible au grand public, n’ouvrons nous pas toute grande la porte à une génération de mensonges généralisés ? Il n’y a qu’a voir ces pathétiques portraits qui ornent les pages de réseaux sociaux, retouchés jusqu’à en devenir des caricatures, et qui s’affichent pourtant avec un naturel troublant. Ces montages, pas toujours crédibles, qu’on retrouve sur les groupes de propagande dans ces mêmes réseaux sociaux.

 

ABC robot from Judge Dredd by Kyesos

J’ai les compétences pour détecter rapidement un visuel qui a été trafiqué que ce soit sur une image statique ou en vidéo, mais tout le monde ne les a pas. Et je doute que chacun ait au moins 4 ans à sacrifier en formation pour distinguer sans trop d’efforts un montage d’un original. Raison pour laquelle j’aimerais bien entendre quelques débats au sujet de la certification des images sur le web. Pas de l’enregistrement mode Nomenklatura à proprement parler, mais une qualification claire de chaque visuel rendu public pour, par respect pour l’utilisateur, l’informer naturellement des conditions de fabrication du visuel. Si vous explorez un peu le web, vous constaterez rapidement que les images brutes n’existent quasiment plus sur ce support ; c’est un indicateur très clair.

Autant j’admets que comme avec la photographie argentique il faille un minimum d’équilibrage pour se satisfaire d’une illustration, en équilibrant couleurs et luminosité globale comme on le faisait pour le développement d’une pellicule. Autant je commence à avoir du mal lorsque l’on livre tel que une photo aux couleurs flashies (et souvent inexistantes hors du spectre RVB !) et avec un grain ou lissé purement surnaturel. Là commence la maquillage, pas le développement numérique d’une photo.

 

Nos outils de demain (de dans 30 minutes serais-je tenté de dire ^^) vont rendre courantes des manip’ qui sont encore galère aujourd’hui et nécessitent pas mal de boulot pour être réussies. Photoshop a intégré une fonction de suppression / déplacement d’éléments complets qui fonctionne avec plus ou moins de succès et n’en est qu’a ses balbutiements. Une fois connectée sur une IA, je peux vous assurer que les éléments modifiés ou supprimés sur un document auront toute la crédibilité d’une photo prise telle que. Ceci amène une belle suite de problèmes encore liés à l’authenticité d’un visuel. Détail futile pour les amateurs, il s’avèrera essentiel pour les médias qui eux portent la responsabilité lorsqu’ils diffusent ce genre de document. Et quand on voit le nombre de personnes tentées par la manipulation sur internet… en débattre ne serait pas un luxe.

Cette discussion est d’autant plus nécessaire que les voilà les prototypes d’outils graphiques courants de demain. Pix2Pix et son IA goinfrée a coups de deep learning qui réussi l’exploit de transformer des croquis de quelques traits en rendus photoréalistes. IDC qui rend la colorisation réaliste de documents accessible à un enfant de 5 ans. Et moi je me mets à la place de ces mômes, nourris à coups d’images parfaites, de couleurs chaudes et saturées que seul l’artifice des écrans savent rendre, et de sujets qu’ils voient dans des contextes qu’ils ne croiseront probablement jamais dans leur vie puisqu’ils n’existent pas tels que.

Je suis inquiet. Quand on voit comme les gens font déjà n’importe quoi avec de simples textes, l’utilisation des images, armes privilégiées des états & empires monétaires, risque rapidement de dégénérer dans un grave n’importe quoi. Et tout cela : par simple refus d’informer décemment le public qui mériterait au moins ce respect. Alors on fait quoi, y allons nous ?…

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